L’Europe entre Poutine et Trump, Pierre Ménat
Date : 17/03/2026
Présentation du livre « L’Europe entre Poutine et Trump ».
Introduction : Une année 2025 révélatrice des fragilités européennes L’ouvrage s’ouvre sur un constat inquiétant : l’été 2025 a mis à nu la vulnérabilité du continent européen. Trois épisodes l’illustrent : le sommet de l’OTAN à La Haye, qui a confirmé la dépendance militaire des Européens vis-à-vis des États-Unis malgré des promesses de dépenses accrues ; l’arrangement douanier humiliant entre Donald Trump et la Commission européenne, où l’UE a cédé face au protectionnisme américain ; et enfin le sommet d’Anchorage entre Trump et Poutine, qui a discuté de l’avenir de l’Ukraine sans la présence des Européens. Ces événements traduisent la marginalisation de l’Europe sur la scène mondiale.
S’y ajoutent deux problèmes récurrents : la contestation interne à l’UE qui gagne en puissance ; la pression économique croissante de la Chine.
En réalité, c’est l’ensemble du modèle européen qui est mis à mal, dans ses dimensions géographique, idéologique, sécuritaire et institutionnelle.
L’Europe fait donc face à une double menace, celle de la Russie de Vladimir Poutine et celle des États-Unis de Donald Trump, deux puissances qui contestent son modèle et cherchent à réduire son influence. L’ouvrage se propose d’analyser ces risques, tout en explorant les moyens dont l’Europe dispose pour redevenir un acteur stratégique à part entière.
Première partie : Deux risques pour l’Europe dans un contexte international mouvant.
Le risque Poutine Le premier chapitre retrace la trajectoire du régime russe depuis l’an 2000. Poutine a progressivement restauré un système autoritaire et impérial, marqué par la répression interne, la manipulation de l’histoire et la volonté de retrouver une sphère d’influence sur l’ex-URSS. L’annexion de la Crimée en 2014 puis l’invasion de l’Ukraine en 2022 marquent une rupture : la Russie ne cherche plus seulement à défendre ses intérêts mais à remodeler l’ordre européen.
En 2025, Moscou représente une menace multiforme : militaire, à travers une guerre de haute intensité en Ukraine et des incursions dans l’espace aérien européen ; hybride, avec la désinformation, les cyberattaques et l’instrumentalisation des migrations ; géopolitique, par son rapprochement avec la Chine et son implantation en Afrique. L’Europe est perçue par le Kremlin comme une entité faible, dépendante, voire hostile.
Le risque Trump Le deuxième chapitre décrit la radicalisation de Donald Trump lors de son second mandat. Loin d’adopter un ton rassembleur, il gouverne avec un esprit de revanche, porté par un trumpisme mêlant nationalisme économique, populisme autoritaire et hostilité au multilatéralisme. Son entourage idéologique puise à la fois dans l’isolationnisme, le choc des civilisations et l’anti-élitisme.
Pour l’Europe, ce « Trump 2 » est une menace directe. Il pratique un protectionnisme agressif (droits de douane triplés, chantage commercial), il relativise l’importance de l’OTAN et pousse l’Ukraine dans une position d’isolement. Sa politique transactionnelle affaiblit la coopération transatlantique et encourage les divisions européennes, en soutenant certaines forces populistes et en marginalisant les institutions communautaires. L’Europe se trouve prise dans une guerre commerciale, affaiblie dans sa sécurité et déstabilisée dans son unité.
Un contexte international mouvant Le troisième chapitre élargit la perspective. Depuis 1945, le monde a traversé plusieurs phases (guerre froide, hégémonie américaine, désordre post-2001, retour de la guerre en 2022). En 2025, la planète entre dans une ère de rivalités exacerbées : la Chine renforce son influence économique et diplomatique ; la Turquie, l’Inde ou l’Iran jouent les opportunistes ; l’Afrique devient un terrain de compétition. Dans cet environnement, l’Europe est perçue comme un acteur secondaire, sans incarnation politique forte.
Deuxième partie : Comment l’Europe peut adapter son modèle ?
Une unité difficile Le quatrième chapitre met en lumière les fractures internes de l’Europe : montée des populismes, divergences entre l’Est et l’Ouest, poids du Brexit. À cela s’ajoutent les ingérences extérieures (russes, américaines, chinoises) qui exploitent les divisions. Pourtant, l’unité est une condition indispensable pour faire face aux menaces. Les facteurs d’unité (moteur franco-allemand, institutions européennes) se trouvent affaiblis.
Un élargissement à haut risque Le cinquième chapitre revient sur le précédent élargissement (2004–2013) et sur les bénéfices mais aussi les tensions qu’il a générées. Aujourd’hui, les candidatures de l’Ukraine, des Balkans occidentaux ou encore de la Turquie posent des défis redoutables : disparités économiques, vulnérabilités sécuritaires, risques de blocages institutionnels.
Réduire les dépendances Le sixième chapitre insiste sur la vulnérabilité de l’Europe, dépendante de ses partenaires extérieurs pour l’énergie, les technologies, le numérique, la défense ou l’agriculture. La crise du Covid, la guerre en Ukraine et la politique américaine ont révélé la fragilité de ces dépendances. Des solutions existent : relocalisations industrielles, diversification énergétique, investissements massifs dans les technologies.
Les enjeux budgétaires et financiers Le septième chapitre analyse la compétitivité économique et les contraintes budgétaires de l’Union. L’Europe dispose d’atouts – l’euro, un grand marché, un modèle social attractif – mais reste freinée par son manque d’investissement, la rigidité de ses règles budgétaires et la fragmentation de ses politiques industrielles. Les discussions sur le prochain cadre financier pluriannuel (CFP) seront ardues et l’Union de l’épargne et des investissements avance trop lentement.
La question migratoire Le huitième chapitre aborde l’immigration, instrument possible de guerre hybride. Le pacte migratoire européen est jugé insuffisant, car il ne permet pas une réponse coordonnée et robuste aux crises à répétition. L’auteur plaide pour des mécanismes plus contraignants et une meilleure répartition des responsabilités.
La défense européenne, quête du Graal Le neuvième chapitre est central : face au retrait américain et à la menace russe, une défense européenne devient indispensable. Mais les obstacles persistent : diversité des doctrines nationales, manque de financements, absence de structures de commandement. Le projet nécessite de nouveaux formats, incluant peut-être le Royaume-Uni et articulés avec l’OTAN.
Un modèle institutionnel à repenser Enfin, le dixième chapitre interroge l’avenir des institutions. Le traité de Lisbonne a créé un système complexe et peu lisible. Il est possible de rechercher un modèle différencié : méthode communautaire pour l’économie et le marché intérieur, mais approche intergouvernementale renforcée pour la diplomatie et la défense. Il évoque l’idée d’un nouveau traité d’Union politique et de sécurité, inspiré du plan Fouchet de 1961.
Conclusion : une Europe à la croisée des chemins En conclusion, un bilan contrasté peut être dressé. L’Europe dispose d’atouts considérables : richesse collective équivalente aux États-Unis, modèle social protecteur, monnaie forte, valeurs démocratiques, capacités militaires significatives. Mais elle n’a pas encore franchi le cap du statut de puissance.
Pour y parvenir, elle devra accepter des choix difficiles : arbitrer entre prospérité économique, protection sociale et ambition écologique ; renforcer son unité malgré les divisions internes ; réduire ses dépendances et assumer son autonomie stratégique. Sans cela, elle restera un spectateur vulnérable dans un monde dominé par des puissances autoritaires et imprévisibles.
Pierre Ménat est un ancien diplomate de carrière, né le 12 août 1950, qui fut ambassadeur de France en Roumanie (1997-2002), Pologne (2004-2007), Tunisie (2009-2011) et aux Pays-Bas (2011-2014).
Lors de sa mission aux Pays-Bas, il fut représentant permanent de la France auprès de l’Organisation d’interdiction des armes chimiques et chargé des relations avec les Cours internationales de La Haye.

Pierre Ménat a également été conseiller des Ministres des affaires étrangères Jean-Bernard Raimond (1986-1988), Alain Juppé (1993-1995), puis conseiller du Président Chirac pour les questions européennes et par deux fois directeur de l’Union européenne au ministère des affaires étrangères (2002-2004 et 2007-2009)
Il a été juge-assesseur à la Cour nationale du droit d’asile de 2014 à 2025.
Il est aujourd’hui senior adviser chez Lysios affaires publiques (depuis 2016).
Titulaire d’une maîtrise en droit public, diplômé de l’Institut d’Etudes politiques de Paris, ancien élève de l’Ecole nationale d’administration, Pierre Ménat est officier de la Légion d’Honneur et de l’Ordre national du Mérite.
Il est marié et père de deux fils âgés de 41 et 37 ans.
En 2015, il a publié aux éditions Pepper-L’Harmattan un ouvrage intitulé « Un ambassadeur dans la révolution tunisienne », récit de son expérience comme ambassadeur en Tunisie de 2009 à 2011.
En 2017, il publie aux Editions du Panthéon un roman : « Attendre encore »..
Puis, il publie chez L’Harmattan trois ouvrages intitulés ‘France cherche Europe désespérément (2019), Dix questions sur l’Europe post-covidienne (2020) et l’Union européenne et la guerre (2023). Ce dernier livre a obtenu le prix Mieux comprendre l’Europe décerné par l’Institut Jacques Delors en 2024.
Il est enfin l’auteur du livre « L’Europe entre Poutine et Trump », publié aux éditions Pepper-L’Harmattan en octobre 2025.


